Dossier de presse du film La neige était sale réalisé par Luis Saslavsky, d’après la pièce de théâtre éponyme de Frédéric Dard et Georges Simenon.
Dossier de 4 pages de format 21 sur 29,7 cm
Voici une partie du scénario tel qu’il est écrit dans ce dossier :
Enfant, le jeune Frank a vécu une partie de sa jeunesse dans l’atmosphère trouble de la maison de rendez-vous gérée par sa mère, Mme Irma.
Pendant l’occupation allemande, c’est devenu un lieu très accueillant où les officiers et gradés de l’armée occupante trouvent les filles de leur choix. Frank vit sans effort dans cette fange avec la conviction que c’est bien ainsi, qu’il n’est pas fait pour autre chose. Il se sent solidaire de sa mère dans cette déchéance et, pour ne pas pouvoir la juger, il ne voit qu’une solution : s’abaisser plus bas qu’elle encore.
Cependant, dans le même immeuble, une jeune fille fraîche, jolie, pure de cœur et d’esprit, a remarqué Frank. Il s’en est aperçu et, confusément, se sent malgré lui attiré vers cet être si différent de ceux qu’il côtoie tous les jours. Il la rencontre un soir, lui parle, se laisse tout doucement tenter par le merveilleux mirage de l’Amour, de cet amour auquel il n’a jamais voulu croire, qu’il n’a jamais voulu même espérer.
Mais les mauvaises fréquentations et un instinct profond, une véritable « nostalgie de la boue » l’amènent à commettre des actes graves un jour, il poignarde un sous-officier et lui prend son revolver : il cambriole avec des vauriens la vieille dame qui l’avait longtemps hébergé, enfant, quand sa mère était toujours occupée ailleurs … Et soudain, reconnu par elle, il n’hésite pas à l’abattre.
Ainsi, s’enfonce t’il consciemment dans l’ignominie, accumulant les actes qui lui interdisent toute possibilité de relèvement, comme un être qui se suicide, qui se détruit.
Entre temps, une nouvelle entrevue avec Suzy lui a fait comprendre à quel point il est indigne de cette fille qui l’aime. Il en conçoit même une telle amertume qu’il s’obstine à vouloir se diminuer à ses yeux. Mais elle tient à voir ce garçon étrange et désespéré ; elle l’aime au point de tout accepter de lui, même l’idée de devenir sa maitresse. Franck perd pied devant tant de candeur, d’abnégation. Va-t-il s’amender ? Non. Il l’attire dans un piège abject dont Suzy, au désespoir et gravement blessée, parviendra à éviter les pénibles conséquences.
Quand on arrête Frank, il s’accuse lui-même de ses forfaits Il faudra bien que vienne pour lui la mort des lâches et des infames ! Ainsi il réalise son obsédant désir de la mort.
Autour de lui, pourtant, on cherche à l’aider : sa mère, qu’il a tant méprisée, multiplie les efforts et les sacrifices pour le sauver. Suzy, malgré sa conduite monstrueuse à son égard, vient, accompagnée par son père, pour le réconforter. Elle lui pardonne, elle l’aime malgré tout. Frank pleure enfin …
Qu’importe s’il lui faut vivre sa vie en une minute : le bonheur auquel il n’avait jamais cru, il le connait maintenant.
Et les balles du peloton d’exécution seront pour lui, non plus un châtiment mérité, mais une fin heureuse.




